DeepSeek : les États-Unis interdisent l'IA chinoise aux agences civiles
Le Département de la Sécurité intérieure interdit l'achat et l'usage de DeepSeek aux agences civiles américaines, en invoquant des risques de surveillance.
Par Anthony Rodier
Les agences civiles américaines ne pourront plus acheter ni utiliser les produits de DeepSeek. La mesure, signée par le secrétaire à la Sécurité intérieure Markwayne Mullin, a été rendue publique le 19 octobre 2026 au Federal Register. Elle vise la Chine, soupçonnée de pouvoir exploiter l'IA à des fins de surveillance.
Selon la BBC, l'ordre était daté du 24 juillet avant sa publication.
Ce que prévoit l'interdiction
Le Département de la Sécurité intérieure (DHS) s'appuie sur le Federal Acquisition Supply Chain Security Act de 2018. Ce texte permet d'écarter de la chaîne d'approvisionnement fédérale les fournisseurs jugés risqués, applications et systèmes informatiques compris.
Les agences civiles doivent supprimer tous les usages existants de DeepSeek et s'interdire de le réinstaller. Le texte couvre la version distribuée par Hangzhou DeepSeek Artificial Intelligence Co., mais aussi les applications tierces fondées sur DeepSeek, y compris celles qui reposent sur la version open source, que chacun peut télécharger et modifier. Seules les agences du département de la Défense peuvent continuer à l'utiliser, car elles relèvent d'un cadre distinct.
La mesure fait suite à d'autres restrictions. L'agence d'information de la défense (DISA) avait bloqué DeepSeek sur les réseaux du Pentagone en janvier 2025, comme le précise CyberScoop. En mai 2025, Microsoft avait de son côté interdit l'outil à ses employés.
Les risques invoqués par le DHS
Les serveurs de DeepSeek se trouvent en Chine. Le DHS estime donc que Pékin pourrait contraindre l'entreprise à lui ouvrir l'accès à ces serveurs et à surveiller des utilisateurs, ce qui fournirait des renseignements sur des citoyens américains comme sur des programmes gouvernementaux.
L'agence évoque « plusieurs vecteurs de menace » : collecte possible de données personnelles, suivi des utilisateurs, failles de sécurité et présence potentielle de malwares. Elle ne dit pas que ces malwares existent : le risque est présenté comme possible.
Le contexte est aussi industriel. Avec son modèle R1, DeepSeek avait annoncé des performances comparables à celles des meilleurs modèles américains pour un coût de développement revendiqué bien plus faible. L'entreprise a ensuite été accusée, notamment par la Maison Blanche, d'avoir utilisé des modèles américains pour s'entraîner. Ce grief n'est toutefois pas avancé par le DHS dans sa décision. Sur ce thème, Anthropic a accusé DeepSeek d'avoir « aspiré » les connaissances de Claude en février 2026.
Les soupçons de fuite de données vers la Chine avaient déjà été soulevés au Congrès américain en février 2025.
Un précédent avec TikTok
Ce n'est pas la première fois qu'un service chinois est banni en interne. Une loi adoptée en 2022 et entrée en vigueur en 2023 avait écarté TikTok des téléphones fédéraux. L'interdiction a été levée cette année : le ministère de la Justice a jugé que la version américaine de l'application ne relevait plus de la loi, car elle fonctionne indépendamment de ByteDance, son éditeur chinois.
Foire aux questions
Qui est concerné par l'interdiction de DeepSeek ?
Les agences civiles du gouvernement américain, qui ne peuvent plus acheter ni utiliser les produits de DeepSeek. Les agences relevant du département de la Défense font exception.
Les applications basées sur DeepSeek sont-elles aussi visées ?
Oui. La mesure couvre les applications tierces qui reposent sur DeepSeek, y compris celles qui utilisent sa version open source.
Pourquoi les États-Unis bannissent-ils DeepSeek ?
Le DHS invoque des risques de cybersécurité et de souveraineté des données : les serveurs étant en Chine, le gouvernement chinois pourrait collecter des données et surveiller des utilisateurs.