Trump veut bannir le terme « IA » au profit de « super intelligence »
Donald Trump a annoncé vouloir interdire « intelligence artificielle » dans les documents officiels, au profit de « super intelligence ». Linguistes et médias s'y opposent.
Par Anthony Rodier
Le président américain Donald Trump a déclaré mardi 27 octobre 2026 qu'il allait « officiellement » interdire l'expression « artificial intelligence » dans « tous les documents concernés et partout ailleurs ». Il la juge « très mauvaise et inexacte » et lui préfère « super intelligence ». La prise de position est analysée dans un commentaire, dont la journaliste appelle à ne pas adopter ce vocabulaire.
Cette annonce prolonge un décret de fin septembre qui impose aux agences fédérales américaines d'employer « super intelligence » dans toutes leurs communications et politiques officielles. La Maison-Blanche estime que ce terme rend mieux compte des « promesses, du potentiel et des capacités en progression rapide » de la technologie.
Une menace de sanction pour ceux qui n'adoptent pas le terme
Plus tôt en octobre, Donald Trump a affirmé sur Truth Social que quiconque n'utiliserait pas sa formulation serait considéré comme un « ennemi » de la Maison-Blanche. Cela laisse entendre que des organisations, la presse comprise, pourraient subir des conséquences si elles continuaient à parler d'intelligence artificielle.
Plusieurs dirigeants du secteur se sont déjà alignés : le patron de Nvidia, Jensen Huang, a qualifié les centres de données d'« usines à superintelligence », et Elon Musk a dit vouloir renommer SpaceXAI en SpaceXSI. Le commentaire rappelle aussi que Google et Apple s'étaient pliés à la renommination du golfe du Mexique en « golfe d'Amérique ».
Ce que disent les linguistes
Pour la linguiste Naomi Susan Baron, autrice de Reader Bot, ce changement de nom vise à donner une image positive de l'IA, une redéfinition « naïvement optimiste et dangereuse ». Emily Bender, professeure de linguistique computationnelle, rappelle que « les langues appartiennent à leurs communautés » et que les linguistes s'intéressent à la façon dont les gens parlent, sans leur dire comment le faire.
Dans le milieu technique, la superintelligence (en un mot) désigne une machine hypothétique dépassant très largement les capacités cognitives humaines, sans consensus sur sa définition. Elle se situerait au-delà de l'intelligence artificielle générale (AGI). Confondre ces notions ferait paraître la technologie plus puissante qu'elle ne l'est.
Un terme déjà jugé flou
Emily Bender et Alex Hanna, dans The AI Con (2025), estiment que l'étiquette « IA » regroupe des systèmes très divers : logiciels de reconnaissance de motifs, robotique, outils d'automatisation et modèles statistiques ou génératifs. Ce flou permettrait aux entreprises de présenter des technologies courantes comme transformatrices et d'échapper à leurs responsabilités. « Si les définitions ne sont pas posées dans un document de politique publique, celle-ci ne peut pas être efficace », a-t-elle déclaré.
Elle critique aussi le mot « intelligence », dont les racines historiques plongent dans la science raciale et l'eugénisme. Avec ses collègues du Distributed AI Research Institute, elle voit dans le classement des machines selon qu'elles sont plus intelligentes que nous la reprise de l'idée que l'intelligence humaine se mesure sur une seule échelle.
Enjeux économiques et politiques
Selon l'autrice, l'alliance entre la Silicon Valley et la Maison-Blanche profite aux deux camps : accès politique et contrats fédéraux pour les uns, appétit des investisseurs pour les autres. Les valeurs liées à l'IA dépendent des attentes d'une expansion continue, et investir des milliers de milliards de dollars dans une « super intelligence » paraît moins risqué que dans une technologie faillible. Elle y voit aussi une diversion face aux critiques sur les centres de données, à une possible bulle économique et aux inquiétudes sur la sécurité.
Les médias américains s'appuient sur des guides de style. L'AP Stylebook a ajouté un chapitre dédié à l'IA en 2023, élargi cette année, qui invite à examiner les limites techniques de ces outils et à dépasser le discours promotionnel. Cette polémique s'inscrit dans un contexte où Donald Trump fait régulièrement parler de lui dans la tech, comme avec le smartphone Trump Mobile T1 ou la condamnation de Google dans l'affaire du compte YouTube.
Foire aux questions
Que veut interdire Donald Trump ?
Il a annoncé vouloir bannir l'expression « artificial intelligence » des documents officiels et d'ailleurs, au profit de « super intelligence ».
Que prévoit le décret de septembre ?
Il oblige les agences fédérales américaines à utiliser « super intelligence » dans leurs communications et politiques officielles.
Quelle différence entre IA et superintelligence ?
La superintelligence désigne une machine hypothétique surpassant largement les capacités cognitives humaines, au-delà de l'AGI, sans définition consensuelle.